Déroulement d’un Theyyam

2 jours à Payyanur : au cœur des rituels sacrés du Theyyam au Kérala. .

Chaque rituel a sa propre magie

Fraîchement débarquée de Payyanur, je profite de quelques instants pour poser à chaud ces moments magiques que je viens de vivre. Je viens de passer deux jours dans le nord du Kerala pour rendre visite à un ami et explorer un peu plus le Déroulement d’un Theyyam, qui a lieu uniquement dans cette partie de l’Inde.

J’ai pu participer à deux cérémonies de Theyyam au Kérala. La première s’est déroulée dans une mangrove sacrée au cœur de la forêt, offrant une ambiance très intimiste. La seconde a eu lieu dans un temple proche de Nileshwar, où l’atmosphère était bien plus électrique, avec de nombreux Theyyams qui se sont enchaînés les uns après les autres.

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Ce qui est assez incroyable au Kerala, c’est que la pratique du Theyyam, bien qu’ancestrale, bénéficie d’un nouvel élan ces dernières années. Les rituels sont commandés ou commandités par des familles ou des communautés. Soit chaque année au même moment, comme le veut la tradition de la communauté de ce temple en particulier, soit lors d’une occasion bien précise.

C’est le cas du premier Theyyam que j’ai observé dans la mangrove. Celui-ci était commandé par deux familles distinctes pour exprimer leur gratitude d’avoir pu concevoir un enfant à la suite d’une prédiction. Elles avaient sollicité un Theyyam une première fois face à des difficultés de procréation, et cette fois-ci, elles en ont commandé un second pour remercier de la naissance de cet enfant au sein de leur famille.

Le coté intimiste de la forêt sacrée / Mangrove

Bien qu’il s’agisse d’une commande privée, chacun est libre de venir participer à cette pratique locale. Au total, nous devions être une centaine de personnes. Pour la plupart, des habitants de la région, ainsi que quelques touristes indiens venus de Bangalore. Car oui, le Theyyam devient récemment très populaire dans tout le pays, et les Indiens, qui voyagent de plus en plus dans leur propre pays, sont curieux de ces découvertes. Et au milieu de tout le monde, il y avait moi, la seule étrangère.

Nous arrivons tous à la même heure et nous nous enfonçons dans la forêt. Chacun attend calmement sur les côtés des chemins. Guidée par mon ami, je vais voir le lieu de préparation où le Theyyam s’apprête. La préparation lors d’un Theyyam est un moment précieux et tout aussi sacré. Les photos n’y sont pas autorisées et chacun respecte scrupuleusement cette règle. L’interprète du Theyyam se recouvre de peintures sacrées et ses « assistants », qui font partie de la même communauté, l’aident à enfiler ses habits et ses accessoires. C’est un rituel complexe qui nécessite bien trois ou quatre personnes. Ce Theyyam portera une immense coiffe (une partie de son costume) mesurant entre 5 et 7 mètres de haut ! Cette structure imposante sera ajustée juste avant son entrée en scène.

Après cette longue préparation, le Theyyam se déplace jusqu’à la piste dans la mangrove et commence sa performance. Accompagné par le rythme soutenu des percussions, il fait des tours sur lui-même comme s’il était possédé. Il effectue même des mouvements de va-et-vient impressionnants vers la foule.

Après environ 15 à 20 minutes de danse, la première famille est appelée, et il lui récite des incantations en malayalam, le langage local. C’est le dieu qu’il représente qui se met alors à parler directement aux fidèles. C’est là toute la particularité du Theyyam. Dans le reste du pays, et même dans le monde entier, Dieu ne nous parle pas directement et ne nous touche pas. Ici, la divinité s’adresse à vous, pose sa main sur votre tête et vous apporte ses bénédictions. C’est d’ailleurs pour cela que le Kerala est surnommé « God’s Own Country » (Le pays de Dieu), car c’est ici que le divin s’incarne et vit sous la forme du Theyyam.

Le lendemain : l’effervescence du temple

Le jour suivant, nous nous rendons sur une deuxième cérémonie de Theyyam, qui a lieu dans un temple cette fois-ci. L’ambiance est radicalement différente : le soleil est à son zénith et il y a beaucoup plus de monde, environ 700 personnes. Nous arrivons peu après l’annonce du démarrage et l’atmosphère bat déjà son plein.

Ici, les femmes et les hommes sont séparés. Les femmes sont installées sur des sortes de gradins ou des tapis réservés à cet effet sur la partie nord du temple. Les hommes se tiennent debout vers le sud, près du sanctuaire. Un Theyyam dans un temple ressemble beaucoup à un grand rassemblement de village : les gens se retrouvent, discutent et s’échangent les nouvelles. Il y a une effervescence certaine et tout le monde attend l’arrivée des divinités.

Nous pouvons aller à l’arrière, dans un espace spécialement aménagé pour les préparatifs (habillage et maquillage). Les interprètes se préparent les uns après les autres, car il y aura plusieurs performances aujourd’hui. Il y a même un personnage très particulier qui rejoindra la « danse » et qui se prépare dans un autre coin dédié du temple.

Une fois les préparatifs terminés, le premier Theyyam rejoint l’enceinte du temple. Au début, il est entièrement recouvert d’un drap. Un véritable cortège l’entoure, composé de jeunes garçons tenant des marionnettes et de plusieurs percussionnistes. Ce Theyyam est paré de rouge et d’orange. Il représente une divinité féminine, que l’on distingue à la poitrine en métal ajustée sur son torse. Il a un ventre énorme, recouvert de peinture et richement décoré. Deux dents en métal sortent de sa bouche de part et d’autre. Son costume s’étend en une forme circulaire tout autour de lui, ce qui lui confère une prestance incroyable.

Une fois le tissu levé, le Theyyam est dévoilé et commence à parader. Il fera trois tours du temple au total, devant une foule presque silencieuse et totalement captivée. J’essaie de me frayer un chemin pour capturer de belles photos à vous partager par la suite. Pendant ce temps, un autre Theyyam se prépare à l’arrière du temple, et un troisième s’apprête en marge, à l’intérieur même du sanctuaire.

Ce dernier est très différent : son visage est fin, il est de petite taille, porte un pagne autour de sa taille et un cône encercle son torse, emprisonnant ses bras en position verticale. Dès qu’il est prêt, il se met à danser. Un prêtre lui lance ce qui ressemble à du riz. Malgré sa petite stature, il a une présence phénoménale. Ses expressions (rappelant celles d’un sorcier) sont impressionnantes. Au cours de sa danse, il ira même jusqu’à marcher sur un tas de paille en feu.

À ce moment-là, les deux Theyyams dansent chacun de part et d’autre du temple, chacun dans leur espace. Le premier, qui a fini ses tours, danse en cercle et se plie complètement sur lui-même pour former des vagues avec son costume. Il se passe tellement de choses en même temps qu’il est difficile d’être partout, malgré l’envie de ne rien rater ! La chaleur étouffante et les percussions frénétiques ajoutent à l’effervescence. L’ambiance est littéralement chargée d’énergie.

Plus tard, le troisième Theyyam qui se préparait rejoint enfin la ronde. Les trois personnages paradent alors ensemble tout autour du sanctuaire pendant trois tours complets. Après ce spectacle intense de près de deux heures, et épuisés par la chaleur, nous décidons de repartir, les yeux remplis de souvenirs inoubliables. Pour le reste de la cérémonie, les différents personnages de Theyyam continueront d’apporter leurs bénédictions aux habitants en échange de donations, un moment crucial que la communauté attendait avec ferveur.

Payyanur, un havre préservé

Toute cette région de Kasaragod et de Kannur est étroitement liée à la pratique du Theyyam. Sur place, la culture est intimement connectée à la préservation du territoire. En effet, certaines forêts locales et mangroves sacrées (les kaus) sont préservées tout spécialement pour permettre la tenue de ces rituels. C’est grâce à cela que l’on retrouve encore de nombreux espaces parfaitement vierges.

Les Backwaters du nord du kerala sont bien plus paisibles que celles du centre
Les Backwaters à Payyanur, nord du Kerala

Toute la région est d’ailleurs restée très sauvage. Le cœur de Payyanur est une petite ville bien développée. On peut y trouver de bons restaurants servant du poisson grillé, des chawarmas, ou des pâtisseries proposant des thés matcha, comme dans n’importe quelle ville cosmopolite. Mais ici, pas de grands buildings ni de centres commerciaux massifs comme on peut en voir ailleurs au Kerala. Dès que l’on s’éloigne des quelques rues principales de Payyanur, on se retrouve instantanément au cœur des rizières, des forêts et des backwaters. Et le tout est incroyablement bien conservé.

Alors que dans d’autres endroits de la région, les paysages ruraux tendent à disparaître au profit de villes en pleine expansion ou de centres touristiques surexploités, Payyanur est restée simple et authentique. En quelques minutes, on peut se retrouver face à de superbes paysages sauvages, offrant selon moi l’une des plus belles cartes postales du Kerala.

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